Bosser, élever des enfants, et continuer à vivre?

Je me demandais l’autre jour comment font les gens. J’étais tombée sur la toile sur un article intéressant, ça s’appelait « Les enfant nous volent-ils notre vie? »

Ça m’avait interpellée…

C’est vrai qu’il y a ma vie AVANT d’avoir mes enfants, et ma vie maintenant. Et il y a des jours où j’ai vraiment l’impression de ne plus en avoir, de vie… Pourtant, je ne suis vraiment pas à plaindre! Je fais un boulot que j’adore, qui me nourrit énormément, et je ne travaille pas beaucoup.

Mais depuis que j’ai des enfants, les ‘to do list’ s’allongent. La priorité, ce sont les enfants. Et il y a toujours à faire, avec eux. La vie familiale a tendance à prendre toute la place. Dans ces conditions, s’occuper de soi, avoir une vie sociale, avoir une vie de couple, ça devient souvent secondaire. Changer une ampoule, ou monter un meuble, ça peut prendre plusieurs mois…

Ça fait un moment que je réfléchis à tout cela. Cette recherche d’équilibre une fois qu’on a des enfants…

Ma coach m’a fait travailler sur cette tarte qu’on divise en parts en fonction du temps qu’on alloue à chaque sphère de notre vie. Vous savez, la « wheel of life ».

Paul Meyer’s original wheel of life

J’ai pris conscience de la place énorme de la vie familiale dans mon cas, et puis dans une moindre mesure, de la vie professionnelle, par rapport aux autres sphères.

Et puis il y a eu ce gars, Olivier Pintelton, que j’ai entendu sur la Première. Il a écrit un bouquin « Ce temps qui nous manque ».

Il a un enfant. Et déjà, avec deux parents qui bossent à plein temps, c’est la galère. Il se sent dépassé.

Il a raison!

Comment font les gens pour élever des enfants, tout en travaillant, sans devenir fous? Sans s’oublier complètement? Sans tomber malade ou partir en burn-out?

Comment faisons-nous??

Dans ce monde qui va de travers, où le quotidien est une course effrénée contre le temps, où il faut toujours faire mieux et plus…

Chez nous, ça n’a pas loupé, on est passés par la case burn-out tous les deux. Sans le yoga, j’y serais restée… Mon homme y est encore…

Pour la petite histoire, j’ai quitté mon job après la naissance de mon deuxième garçon, juste avant de craquer complètement. À l’époque, on était en plein dans l’angoisse et les questionnements par rapport à la santé de notre aîné, et le second ne dormait pas. On était submergés.

Et j’ai très vite décidé de lancer mon activité professionnelle. Riche idée! Quand on est salarié, on s’imagine que c’est le pied d’être indépendant : la flexibilité, être son propre patron, etc. Sauf que c’est pas fait pour les mamans. C’est pas fait pour bosser à temps partiel. C’est pas fait pour ceux qui visent leur bien-être, entendez par là : pouvoir s’occuper des enfants, prendre un peu de temps pour soi, avoir un rythme de vie sain, une certaine qualité de vie, bref, avoir un bon équilibre de vie (comme dans la wheel of life)!

En fait, en tant que maman, c’est pourri, d’être indépendante! Et en tant que yogi, qui essaie de vivre en respectant son corps, son rythme, etc, c’est encore plus pourri, d’être indépendante!

Pourquoi je dis cela? A cause de la dimension financière. Ben oui, c’est quand même le nerf de la guerre…

À l’heure actuelle, je travaille l’équivalent d’un mi-temps, ou d’un 3/4 temps, avec un statut un peu particulier (je suis en coopérative d’activité), mes rentrées sont faibles mais grâce à la coopérative, il y a un peu plus de 1000€ nets qui rentrent chaque mois.

Si à terme, comme c’est prévu dans quelques mois, je passe indépendante à plein temps, je vais travailler pour… Rien! Pour gagner des cacahouètes. Les cotisations sociales sont tellement importantes que vu mes rentrées, ça ne vaut même pas la peine de travailler! A moins de commencer à travailler beaucoup plus (50 heures par semaine minimum) comme beaucoup d’indépendants en fait, essentiellement le soir dans mon cas, puisque c’est dans ces créneaux horaires-là qu’il y a le plus de demande, et de ne plus voir mes 3 enfants.

Alors j’envisage de reprendre un petit boulot alimentaire, un boulot comme salariée, à mi-temps pour pouvoir être indépendante complémentaire (et payer moins de cotisations sociales) et continuer à développer les projets qui me tiennent à cœur. 

Mais une amie m’a très justement fait remarquer aujourd’hui le paradoxe de cette idée. Je vais me retrouver à nouveau sous pression! Moi qui ai tellement envie de ralentir. D’en faire moins! Je ne travaille qu’à temps partiel mais je suis occupée tout le temps en fait! Il y a la maison, les enfants, les courses, les soins médicaux de William, l’administratif… Et c’est déjà beaucoup pour moi. Le problème, c’est que tout ce temps n’est absolument pas valorisé. C’est comme si je ne faisais rien. 

Qu’en sera-t-il si je reprends un job à mi-temps en plus? Je vais me retrouver à faire ces 50 heures par semaine, dont plusieurs soirs, et à cela il faudra ajouter tout ce que je fais déjà, en plus 🙀

C’est là qu’il a raison, Olivier Pintelton. Je n’ai pas encore lu son bouquin, mais à l’entendre à la radio, on partage assez bien le même point de vue, lui et moi!

Quel est ce monde fou où pour pouvoir faire le travail qui me plaît, qui fait vraiment sens pour moi, et gagner un tant soit peu ma vie, je dois faire une croix sur ma famille? Car que ce soit bosser 50 heures (minimum) comme indépendante ou prendre un mi-temps salariée en plus, je fais une croix sur ma famille…

Je voudrais qu’on ralentisse le rythme! Tous! Travailler moins et mieux. 

Travailler, oui! 100 fois oui! Mais pour s’épanouir, s’émanciper, s’éclater, se valoriser, prendre son indépendance! J’adore mon travail! Je ne le quitterais pour rien au monde! Mais à quoi ça rime de travailler si ça ne permet pas de soutenir sa famille? A quoi ça sert de se donner du mal pour ne pas gagner sa croûte? Si on travaille pour rien, ce n’est pas très motivant, autant faire du bénévolat…

Comment ça se fait que je ne puisse pas gagner ma vie en travaillant 25 heures par semaine? Si c’est mon choix… Malheureusement, chez nous, ce n’est pas prévu dans le système. Faut choisir : indépendante full time (et tu n’as plus de vie) ou femme au foyer (et tu n’as aucune considération). Et certainement pas les deux. 

Etre mère avec un travail à temps plein, c’est vraiment compliqué pour moi. C’est trop.

J’aspire à plus. À plus de qualité. À plus de temps. À plus de RIEN! Pour moi comme pour mes enfants.

Du temps pour s’aimer et pour vivre, nom de Dieu!!

On ne vit pas là, on survit! L’Etat dépense plus dans la couverture des malades de longue durée comme les burn-out que dans celle des chômeurs…

On nous parle de bien-être, de prendre soin de soi, mais quand on a des enfants, et qu’on travaille, on le prend quand, ce temps? 

2 ans que je rabâche mon homme avec l’idée que le temps pour soi, ça se prend, ça se choisit. Ce n’est pas si simple en fait! Il me demandait de l’aider à « dégager du temps » pour lui. Au final, il aura fallu passer par cette case burn-out pour qu’il puisse enfin s’occuper un peu de lui, se reposer, guérir les blessures d’un corps fatigué d’avoir été trop poussé.

Il y a trop de choses à faire. Entre le travail et les enfants, on s’oublie bien trop souvent. Les « to do list » sont trop longues et dans un monde où l’on se doit d’être parfait sur tous les plans, on finit par être submergés… S’il n’y avait qu’une ampoule à changer… 🤣

Je veux continuer à travailler peu mais PAS QUE pour m’occuper des enfants, gérer les trajets et la maison, le ménage et les courses! Je veux du temps pour moi aussi! A quoi ça sert de gagner de l’argent si on n’a pas de temps pour profiter de la vie?

Je veux continuer à travailleur peu mais en tirant un certain bénéfice de ce travail, en monnaie sonnante et trébuchante, histoire d’être fière de contribuer aux charges de ma famille (et histoire de relâcher un peu la pression sur mon homme qui assume quasi toute la responsabilité sur ses épaules).

Je veux le beurre et l’argent du beurre : un travail justement rétribué, du temps de qualité avec les enfants, pour jouer et lire des histoires, mais aussi du temps pour moi. Du temps pour donner cours, pour accompagner des mamans, mais aussi du temps pour méditer, du temps en couple, du temps pour voir des amis.

Je veux trop. Je m’en rends bien compte. Ce que je veux, dans notre société, ça s’appelle de l’égoïsme. Et pourtant. C’est juste la mise en application de cette fameuse « wheel of life »…

Je ne peux pas être une bonne maman si je suis sous pression, si je cours tout le temps, pour conduire tout le monde à bon port et être moi-même à l’heure, si je n’ai pas de temps pour souffler et m’arrêter.

Je ne peux pas prendre soin des autres si je ne m’écoute pas, si je ne prends pas soin de moi…