Journal de confinement

Les premiers jours j’ai voulu organiser plein de trucs. J’avais plein d’idées. Poster des tas de conseils sur Instagram. Faire des vidéos, des Facebook live, des cours en ligne. J’ai relayé plein d’articles sur les réseaux sociaux, sur le confinement, ce que ça allait nous apporter, ce que ça allait changer. Je partais dans tous les sens.

Je voulais profiter de la vague, prendre ma place dans ce confinement, être celle qu’on retiendrait pour avoir organisé plein de trucs super.

Je voulais aussi en profiter pour faire avancer mon business, prendre ce temps que je n’ai jamais pris pour revoir certains fondamentaux dans mes cours, faire ma liste de contacts et préparer des mailing, faire de la prospection, de la promotion, etc.

Avec les enfants, j’étais dans le même état d’esprit. Je voulais rattraper le temps perdu avant, profiter du confinement pour redresser la barre. J’ai fait des plannings avec eux, des tableaux de renforcement positif. On a établi les règles de la maison.

Je voulais qu’on mange sainement, qu’on fasse de beaux bricolages, qu’on apprenne à se brosser les dents et à ranger sa chambre, et qu’on respecte un horaire avec des activités variées et intelligentes.

Mon homme, lui, voulait qu’on profite du confinement pour rattraper l’admin en retard, organiser notre prochain week-end avec nos amis, aménager le garage en salle de sport.

Je faisais trois choses à la fois. J’étais sur mon téléphone, à préparer un post Instagram, à publier un article sur Facebook, et j’attendais de mes 3 petits garçons qu’ils colorient sagement, qu’ils jouent gentiment, qu’ils ne se chamaillent pas. Je passais une heure en cuisine pour mitonner des bons petits plats sains, faisant des allers-retours cuisine-salon pour vérifier qu’il n’y ait pas de blessé/séparer une bagarre/amener un enfant aux toilettes, et je pêtais un plomb quand mon second refusait catégoriquement de toucher au repas.

Ça a coincé. Mon aîné m’a ramenée sur Terre. Il frappait ses frères, crachait, lançait des jouets à travers tout, risquant à tout moment de blesser quelqu’un ou de casser quelque chose, et m’obligeant à lui donner de l’attention. Il hurlait à la moindre contrariété, faisait caca, en 3 fois, dans son lange pendant la sieste et plus on se fâchait, plus il riait. Bien sûr le contexte actuel y était pour quelque chose, le changement dans ses habitudes, qu’il tolère très difficilement vu sa malformation au cerveau, mais il y avait plus.

Ça ne pouvait pas marcher. Nous étions à côté de la plaque!

Je me suis rendue compte que la vie était ailleurs. Qu’il fallait relâcher la pression. Professionnellement et personnellement. Que je devais être plus douce avec moi-même, et avec eux.

Non je ne serai pas celle qu’on retiendra pour ces super activités en ligne pendant le confinement (mais retiendra-t-on l’un de ceux-là?). Non, je ne lancerai pas de super groupes de parole en ligne, mais d’autres le feront très bien et seront là pour répondre aux besoins des mamans. Non, mon activité professionnelle ne va pas prendre tout à coup son envol grâce au confinement. Parce que je n’ai pas plus de temps qu’avant, en fait, j’en ai moins : j’ai 3 enfants en bas-âge.

Et vous savez quoi? Je me suis rendue compte que ces 3 petits bouts là, devant moi, ils ne demandaient qu’une chose : que je sois là avec eux. Qu’ils n’auraient plus jamais 6, 4 et 2 ans tous les trois, et que la vie me donnait une occasion unique d’en profiter. Que ce dont nous avions tous besoin, c’est que je me rende disponible, pleinement, pour eux. Et grande chance pour moi, j’ai la possibilité de le faire. Je peux mettre mes enfants en priorité. Tout le monde n’a pas cette chance. Alors, c’est ce que j’ai décidé de faire.

J’ai viré les applis de réseaux sociaux de mon téléphone. J’ai planifié quelques cours en ligne, pour mes élèves habituelles, à des horaires qui conviennent à mon homme et à ma famille. Je profite des siestes pour écrire un post ou l’autre, parce qu’écrire me fait du bien. Vous ne me verrez donc pas des masses sur les réseaux ni ici.

Mais ce n’est pas tout. J’ai repensé aux dernières vacances de Noël. Aux bons moments que nous avions passé, avec mes petits gars, pelotonnés dans le canapé devant un dessin animé, ou à faire des cookies. Et j’ai descendu la barre de mes prétentions. Se faciliter la vie, ça ne s’applique pas uniquement quand on n’a pas le temps. J’ai racheté des quiches toute faites, des pâtes fourrées, des fish sticks et des burgers végé au supermarché. Chaque chose en son temps. Les enfants ont découvert, avec moi, les films de Walt Disney. On a commencé par Cendrillon, parce que ça ne fait pas trop peur, parce que mon second, il adore les princesses, et puis parce que moi, c’était un de mes films préférés, petite.

Hier soir, j’ai eu le bonheur de voir mes garçons installer le circuit de train, ensemble et y jouer, ensemble. Quelque chose est entrain de se créer entre eux, et ça me touche.

Ce matin, j’ai maternellement préparé deux pizza maison pendant que mon homme jouait au jardin avec les enfants, en sélectionnant les ingrédients pour chacun. Ce midi, devant le refus de manger de mon second, j’ai hurlé, puis fondu en larmes. Ça m’arrivera encore, bien sûr.

Un jour après l’autre. Relâcher la pression.