Déconfinement… Ou pas!

Hier, je suis sortie comme tous les jours faire une grande balade avec les enfants. Et l’un d’eux a failli se faire écraser! Il y avait des voitures partout… Fini cet agréable sentiment d’être à la campagne, ce calme en ville, comme si tout le monde était parti en vacances…

Ça m’a fait tout bizarre…

Alors j’ai commencé à y regarder de plus près… Et j’ai remarqué des groupes de personnes qui papotaient devant les commerces ouverts, le monde dans le parc, peu soucieux désormais des règles (ne pas s’assoir sur les bancs, ne pas jouer dans les plaines de jeux, respecter les mesures de distanciation sociale…). Je suis passée devant l’école primaire de mon quartier et les cris des enfants dans la cour de récré m’ont attirée jusqu’à la grille… Une quinzaine d’enfants jouaient à « touche touche », innocents, tandis que les profs, manifestement ravis de se retrouver, papotaient… Spectacle ravissant, si je n’avais en tête toutes ces mesures de distance et gestes barrière, ces discours lancinants « on ne lâche rien », ces images de gros scotch au sol délimitant les espaces de chacun, ces masques partout,…

Je me suis sentie oppressée, en colère. La poussette d’Owen m’a semblé plus lourde à pousser. Assignée à résidence, j’avais redécouvert mes enfants, la beauté de la nature, le plaisir des balades et des jeux… Cet entre-deux me frappait en plein visage. Ma condition de mère au foyer temporaire me semblait soudainement insoutenable. Comme une prisonnière derrière ses barreaux qui regarde les autres dehors et qui s’imagine qu’ils s’amusent tellement plus…

Et puis j’ai découvert, en discutant avec mon coloc, les files devant un certain magasin d’ameublement scandinave, et la foule qui se ruait dans une certaine rue commerçante Bruxelloise… Elle est où la nécessité de ces produits? En quoi est-ce un déplacement indispensable?

A ce compte là, n’aurait-on pas pu réouvrir les musées plutôt? Il y aurait eu moins de monde, donc moins de risque, et on aurait fait autre chose qu’encourager – encore – la consommation de masse.

J’ai perdu pied.

Et quoi? Le monde d’hier va donc repartir dans sa course folle? L’Etat va soutenir la relance de l’économie en sauvant quelques grosses boîtes, quelques milliers d’emplois au passage bien sûr, mais ne pourra pas les sauver tous… Les « gros » vont tirer leur épingle du jeu, comme d’habitude, et le gap va se creuser encore. La déshumanisation de la société va se poursuivre, pourquoi payer un coach sportif ou un cours de yoga alors que tout est désormais disponible en ligne… La surconsommation restera bien là, les grandes enseignes, peu respectueuses des droits des travailleurs et de la planète, continueront de prospérer, malgré les quelques irréductibles qui croyaient naïvement qu’un autre monde était possible… Qu’est ce que nous espérions ?

Certaines personnes vont reprendre une vie « normale » – si tant est qu’on puisse parler de vie normale dans ces conditions : aller bosser chez le géant de l’ameublement et devoir mettre tes gamins à l’école, avec les risques que ça comporte, parce que « l’économie doit reprendre »… – tandis que certains vont rester à l’arrêt. Les mères vont rester au foyer, pour garder leur progéniture. Les télé-travailleurs vont rester confinés entre leurs quatre murs. Les travailleurs de l’horeca et des salles de sport vont rester sur le carreau…

Tout cela me révolte depuis le début. Ce monde est entrain de perdre son humanité… Où est passée notre liberté? Doit-on vraiment accepter cette situation?

La peur, l’incompréhension, le ras-le-bol, le découragement, le sentiment d’injustice envahissent mon coeur ce soir.

Je sais que je ne dois pas me laisser gagner…

Je repense au message de mon cher professeur, Philip Rigo, il y a quelques semaines, nous encourageant à garder un coeur ouvert, à cultiver la lumière et l’authenticité, nous répétant que le monde de demain allait avoir besoin de cela, de nous, de coeurs ouverts…

Mais avant de pouvoir ramener la lumière dans mon coeur, ramener la foi, retrouver Shraddha, il me faut du temps.

Le temps de réaliser ce qui s’en vient, ce qui est déjà là. Le temps d’accepter ce qui m’habite, ce soir. D’accueillir toutes ces émotions, ces sentiments désagréables.

Le temps de réaliser qu’il n’y a plus rien à espérer de l’extérieur.

Oui, vraiment, le changement viendra de l’intérieur, le changement viendra de nos coeurs.

Mon mantra personnel est plus d’actualité que jamais.

Mais il y a urgence.